Dans le cadre de son mouvement de lutte contre la fin de garantie de prestations de retraite dans le secteur britannique de l'enseignement supérieur, le University and College Union avait écrit au Ministère de l’Intérieur afin d’obtenir des informations claires sur l'exclusion d'actions de grève légales de la limite annuelle de 20 jours d'absence non rémunérée, s'appliquant aux travailleurs/euses migrant(e)s titulaire(s) d’un visa de niveau 2.
 
La ministre de l'immigration Caroline Nokes avait à l’époque simplement répondu que « toute l’attention nécessaire serait accordée aux circonstances » et au cas par cas concernant le statut des personnels migrant(e)s ayant participé au mouvement.

La secrétaire générale de l'UCU Sally Hunt et le Chancelier du cabinet fantôme John McDonnell ont alors écrit un article soulignant que les travailleurs/euses migrant(e)s ont besoin de certitude absolue quant à leurs droits et demandant une « garantie écrite et sans équivoque » précisant que les jours passés à une action de grève légitime ne mettront pas en péril le statut d'immigration des travailleurs/euses migrant(e)s.

La semaine dernière, l'actuel ministre de l’intérieur Sajid Javid a répondu positivement à la demande du syndicat et déclaré qu'il « modifiera les lignes directrices et les règles en matière d’immigration pour les travailleurs/euses migrant(e)s (suivant les filières d’immigration 2 et 5) et leurs sponsors. Ce changement spécifique permettra d’ajouter l’action de grève légale à la liste des exceptions à la règle sur les absences non rémunérées pour les travailleurs/euses migrant(e)s »
La Secrétaire générale de l’UCU, Sally Hunt, a déclaré : « Le personnel international apporte une contribution essentielle à notre pays dans le secteur de l’enseignement supérieur et nous sommes ravi(e)s que ces personnes puissent désormais jouer un rôle professionnel à part entière, sans crainte de représailles. Tou(te)s les travailleurs/euses doivent pouvoir se joindre à leurs collègues pour défendre leurs droits en matière d'emploi.
 
« La grève n'est jamais prise à la légère, mais le manque de clarté signifiait que les travailleurs/euses migrant(e)s qui devaient prendre des congés pour d'autres raisons ne pouvaient pas prendre le risque d’y participer, de peur de mettre en péril leur droit à rester dans le pays. »
 

Dans le cadre du projet CSEE/EFEE « Partenaires sociaux sectoriels européens de l’éducation pour promouvoir l’intégration effective des personnes migrantes et réfugiées dans l’éducation », une délégation de syndicats de l’éducation et de représentants des employeurs s’est réunie à Madrid les 16 et 17 mai 2018 pour discuter des bonnes pratiques et des défis du système éducatif espagnol en ce qui concerne les politiques d’inclusion et d’intégration.

Tout au long de la visite d’étude, les participants ont appris des représentants espagnols l’impact des coupes budgétaires persistantes, de la segmentation du système éducatif et de l’absence d’une stratégie nationale portant spécifiquement sur l’intégration des personnes migrantes et réfugiées dans les écoles et les établissements d’enseignement. Au cours de la première journée, la délégation a eu l’occasion de visiter le centre ACE (Aula de Compensacion Educativa) de l’école secondaire de La Senda et d’observer les conditions professionnelles et de travail difficiles des enseignants et des éducateurs qui s’occupent d’élèves issus de l’immigration et de milieux défavorisés. Les enseignants, les formateurs, le chef d’établissement et les représentants syndicaux de l’école ont expliqué le soutien potentiel dont ils auraient besoin pour dispenser une éducation de qualité aux élèves issus des milieux les plus défavorisés. Ils ont mis en lumière les principaux obstacles à une véritable inclusion dans l’éducation, y compris la détérioration des conditions de travail des enseignants travaillant dans les écoles publiques des zones les plus défavorisées : la précarité des contrats et le manque de continuité dans l’enseignement et l’apprentissage ont été considérés comme l’un des plus grands défis pour une véritable intégration. La délégation a eu l’occasion d’attirer l’attention du Ministère espagnol de l’Éducation, de la Culture et du Sport sur les défis auxquels sont confrontés les écoles et les établissements éducatifs.

Le projet ETUCE-EFEE vise à promouvoir des méthodes efficaces d’éducation des personnes migrantes dans les écoles ainsi qu’à évaluer les politiques et pratiques actuelles, à établir un ensemble concret de propositions et de recommandations à l’intention des organisations membres nationales et des gouvernements. Deux visites d’étude supplémentaires en Serbie et en Belgique et deux séminaires au Danemark et à Chypre seront organisés dans les mois à venir. Un rapport de recherche, un documentaire vidéo, des lignes directrices pratiques et un projet de cadre de qualité des pratiques efficaces figurent parmi les principaux résultats attendus du projet.

Vous trouverez plus d’informations sur le projet ici.

A l’occasion de la Journée Mondiale des Réfugiés, Gloria Ihirwe Ntakirutinka, jeune réfugiée rwandaise poursuivant des études supérieures au Sénégal, fait part de son expérience et de son combat en faveur de l’accès à l’enseignement supérieur pour les réfugié(e)s. 

Pouvez-vous vous présenter brièvement ? Pourquoi avez-vous décidé de militer en  faveur de l’éducation des réfugiés ?

Je me nomme Ihirwe, j'ai 21 ans et je suis étudiante en troisième année de droit public. J’ai  grandi dans une famille qui a trouvé refuge dans un pays d’Afrique de l’Ouest après avoir fui le génocide rwandais. Ce pays –le Togo – fut celui qui me vit grandir. En grandissant je voyais mes parents - surtout ma mère - qui travaillaient très dur pour subvenir à nos besoins. Devenue plus grande, comprenant mon statut de réfugiée et la situation de ma famille qui avait tout perdu, je compris qu’une seule chose pouvait m’aider à atteindre mes objectifs : l’éducation. 

Quel a été votre parcours afin de poursuivre vos études dans l’enseignement supérieur ?

Après l’obtention du baccalauréat, j’étais désemparée car je savais que mes parents ne seraient pas en mesure de payer mes études supérieures qui s’avéraient très chères. Quelle ne fut pas ma joie lorsque je fus sélectionnée, après avoir déposé une candidature à une bourse d’excellence du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés me permettant de poursuivre mes études pour la durée d’une licence au Sénégal. Alors que je suis en train d’effectuer ma dernière année de licence, je continue de rechercher une bourse pour effectuer un master l’année prochaine car la bourse dont je bénéficie actuellement ne prend pas en charge les études de second cycle. 

Quelles sont les difficultés auxquelles vous avez été et êtes confrontée en tant que réfugiée, pour accéder à des études supérieures?

Trouver une bourse n’est pas facile la plupart du temps car dans nos pays d'asile, nous n'avons pas accès aux bourses des nationaux alors que normalement nous devrions être traités comme des nationaux. Par ailleurs, l’accès à des bourses étrangères peut s’avérer difficile à cause de nos titres de voyage qui parfois paralysent l'avancée du dossier. Sans bourse, faute de moyens financiers de nos familles, il est très difficile d’accéder à l’enseignement supérieur. 

Que signifie pouvoir accéder à l’enseignement supérieur pour un(e) jeune réfugié(e) ?

Parfois, les réfugiés sont victimes de xénophobie car ils sont perçus comme des personnes incapables qui vivent aux crochets de la société. Or, à travers l’accès à l’éducation, c’est précisément notre autonomie, notamment financière, que nous recherchons car nous voulons sortir nos familles de la misère et être de vraies aides pour nos parents qui se sont donnés corps et âmes pour nous offrir un futur. 

Quel message souhaitez-vous délivrer à ce sujet en cette journée mondiale consacrée aux réfugiés ?

Je dirais que la plus belle chose à offrir à toute personne est l’éducation, mais pour des personnes qui ont tout perdu, c’est plus que cela, c’est leur offrir l' opportunité de bâtir leur vie, l'éducation est comme une main forte ou encore une voix rassurante qui te murmure à l'oreille que « tout peut être reconstruit en partant de rien » et cela te pousse à espérer que tout ira pour le mieux. 

Le système semble parfois oublier les jeunes refugiés, filles comme garçons, qui luttent pour construire une vie, pour eux-mêmes, pour leurs familles et pour l’ensemble de la communauté. Nous aimerions avoir les mêmes chances d'accès à l’éducation que les nationaux , nous  aimerons aussi une reconnaissance de nos titres de voyage car parfois même avec un bon dossier, on se voit refuser un visa. 

« A défaut d’éducation et de qualifications nous permettant de bâtir notre futur, nous sommes condamnés à espérer l’aide de la communauté. Or, si l’on avait eu en temps voulu, l’opportunité d’étudier comme les autres, nous pourrions changer le monde, c’est à dire nous-même, nos familles, la communauté et apporter notre pierre à l’édifice », voilà ce que dirait cette jeunesse laissée sur le bord de la route et qui se retrouvera contre son gré à la charge de tous, si rien ne change.

Mandy Manning a été nommée Enseignante nationale de l’Année aux États-Unis. Elle enseigne l’anglais et les mathématiques au Newcomer Center de la Joel E. Ferris High School à Spokane (Washington) depuis sept ans, et ses élèves réfugiés sont originaires de partout dans le monde et notamment de Syrie, du Mexique et du Soudan. Alors que souvent ses élèves ne se sentent pas en sécurité dans le climat politique actuel, Mandy Manning a contribué à transformer son école en leur offrant un environnement accueillant et chaleureux. Elle est un membre actif de son syndicat au niveau local et de l’État et siège au comité exécutif de la  Washington Education Association. Voici quelques extraits de sa conversation avec la Présidente de la National Education Association, Lily Eskelsen García, le 11 juin 2018 [1].

J’ai appris comment ne pas avoir peur auprès de mes élèves. J’enseigne à des élèves réfugiés et immigrés. Ils ont traversé des choses indicibles pour arriver aux États-Unis, un pays qui leur donne l’espoir de devenir quelqu’un. Je les vois pleins d’espoir et dépourvus de crainte en entrant dans cette nouvelle communauté, une communauté qui, à bien des égards, ne les a pas bien accueillis. Ils viennent à l’école tous les jours ; ils sont concentrés, ils sont dévoués, ils sont accrochés à leurs rêves et deviennent des membres productifs de la société et des citoyens. Alors, tout ce que je dois faire, c'est les regarder et ils m’apprennent comment ne pas avoir peur.

Notre gouvernement actuel n’a pas été accueillant avec mes élèves et j’ai voulu les assurer que j’allais [rencontrer le Président Trump à la Maison Blanche] pour eux. Je me posais la question : dois-je y aller ? Et ils m’ont tous répondu à l’unanimité : « Oui, parce qu’il doit savoir qui nous sommes ». Alors, nous nous sommes installés et nous avons demandé aux élèves d’écrire des lettres dans lesquelles ils racontent leur voyage vers les États-Unis et ce que cela a signifié pour eux : leurs rêves et leurs espoirs et comment ils veulent rendre aux États-Unis ce qu’ils en ont reçu. Il y avait aussi des conseils pour notre Président sur la manière dont il peut contribuer à améliorer leur vie aux États-Unis, par exemple en utilisant un langage chaleureux qui n’abaisse pas l’ensemble de leurs communautés. (…)

Chaque fois que des éducateurs et des éducatrices sortent de la classe pour plaider une cause collectivement, l’amour que nous portons à nos élèves est utilisé contre nous. Parfois, nous devons quitter nos classes pour obtenir ce dont nous avons besoin pour nos enfants, parce que nos élèves sont au cœur des préoccupations de chaque enseignant(e). Mais, (…) « La vie se joue en dehors de votre zone de confort ». Nous devons être prêt(e)s à être mal à l’aise et à affronter certains messages négatifs que nous pouvons recevoir pour avoir une influence réelle et profonde sur ce que nous savons être le mieux pour les enfants.
Si les décisions qui sont prises ont une incidence négative sur nos enfants, nous ne pouvons pas rester assis(es) les bras croisés, même si cela signifie que nous allons rencontrer des problèmes dans la communauté. Parce qu’en fin de compte, si les élèves sont véritablement la raison pour laquelle nous sortons du cadre de la classe et nous revendiquons des choses, personne ne peut rien contre nous.

[1] La vidéo de Facebook live peut être vue dans son intégralité ici (en anglais).

La conférence « Esperienze e proposte per l’apprendimento dell’Italiano L2 nelle classi multilingue e multiculturali », qui s’est tenue à Castellammare del Golfo le 30 mai 2018 a réuni 80 participants pour discuter de leurs expériences et de propositions visant à améliorer l’éducation des nouveaux arrivants, en particulier concernant l’apprentissage de l’italien en tant que deuxième langue dans des classes multilingues et multiculturelles.

Les résultats et les produits (cours de langue en ligne) du projet « Una lingua per il lavoro » [Une langue pour travailler], mené avec le soutien financier du Fonds Asile, Migration et Intégration (FAMI 2014-2020), ont notamment été présentés. Grâce à ce projet, le Centre de formation des adultes de Trapani s’est associé à des acteurs locaux (Istituto Comprensivo S. Bagolino et deux associations) pour développer des cours de langue spécialisés, associés à des modules de formation professionnelle initiale, en s’appuyant sur des activités lancées en 2016-2017 avec le soutien de l’Internationale de l’Éducation et IRASE-UIL Scuola. 

Des représentants de l’université Ca’ Foscari de Venise et de l’université de Palerme ont échangé leurs expériences en matière de ciblage des femmes migrantes et de développement de modules de formation linguistique dans la langue maternelle des migrants.

Sonia Grigt, auteur de « Le voyage de l’espoir : l’éducation des enfants réfugiés et non accompagnés » [The Journey of Hope: Education for refugee and unaccompanied children in Italy], a présenté les résultats ainsi que les recommandations formulées par l’Internationale de l’Éducation sur l’éducation des réfugiés tant au niveau national qu’européen, en s’appuyant sur les activités menées avec des affiliés de toute l’Europe et d’Italie depuis 2016. Elle a notamment insisté sur les différents aspects de l’inclusion dans l’éducation, sur les mesures nécessaires en plus des cours de langue intensifs et sur la nécessité de coordonner les différents acteurs concernés en la matière (autorités locales, centres d’hébergement, etc.), de diffuser et de systématiser les meilleures pratiques élaborées au niveau local et, enfin, de concevoir des mécanismes de financement prévisibles et durables pour les écoles et les établissements d’enseignement afin d’être en mesure de développer des stratégies d’intégration exhaustives et à long terme. Des exemplaires du rapport de l’IE ont été remis aux principales parties concernées présentes à la conférence.