Le syndicat du secteur primaire, en collaboration avec l’ONG Solidarité Laïque et l’association de parents FCPE, vient de publier un livret destiné aux enfants, intitulé « Nous sommes avant tout des enfants : Stop aux idées reçues sur les enfants et les personnes migrantes ».

Le syndicat avait soutenu par le passé le projet d’Ecole Laïque du chemin des Dunes, qui visait à offrir des opportunités d’éducation et de formation aux réfugié(e)s de la jungle de Calais avant son démantèlement.

Alors que les préjugés sur les réfugié(e)s gagnent du terrain partout en Europe depuis la fameuse « crise » de 2015, le syndicat a décidé de redoubler d’efforts pour défendre les droits des réfugié(e)s et des migrant(e)s.

L’objectif de cette publication est d’améliorer l’inclusion en informant et en sensibilisant les élèves du primaire et leurs familles aux véritables faits et chiffres concernant le phénomène migratoire, les droits des migrant(e)s (en particulier des enfants), et plus spécifiquement leur droit à l’éducation.

Ce livret a été rédigé par une équipe de plusieurs partenaires, mobilisant une variété d’expertises et de points de vue. Il a été testé auprès d’un groupe d’enfants puis finalisé en fonction de leurs commentaires. Le résultat final est une ressource simple et facile à comprendre par les plus jeunes, qui s’intègre parfaitement aux activités de classe.

Jusqu’à présent, 10.000 exemplaires du livret ont été imprimés et sa diffusion commence à atteindre les structures et les partenaires locaux.

Une brochure d’accompagnement est en cours de rédaction pour les parents et les enseignant(e)s qui souhaitent approfondir leurs connaissances des concepts, procédures et acteurs/trices jouant un rôle essentiel dans l’intégration des réfugié(e)s et des migrant(e)s.

En outre, des ressources audiovisuelles sont en cours de production afin de présenter le projet à un public plus large, à la fois en ligne et dans le cadre d’activités de formation destinées aux adhérents.

Le CSEE lance un projet conjoint avec la FEEE, intitulé « Initiative des partenaires sociaux sectoriels européens de l’éducation pour promouvoir l’intégration efficace des migrant(e)s et des réfugié(e)s aux systèmes éducatifs ». Cofinancé par la Commission européenne, ce projet qui sera mené de 2017 à 2019, est une réponse directe des partenaires sociaux de l’éducation à la crise des migrant(e)s et des réfugié(e)s et à la privation de leur accès à une éducation de qualité. Ce nouveau projet étendu sur les deux années à venir a pour vocation de créer un cadre durable pour les partenaires sociaux de l’éducation, leur permettant de soutenir les écoles et les établissements scolaires, ainsi que les enseignant(e)s, les formateurs/trices et les équipes de direction en charge de l’éducation des étudiant(e)s issu(e)s de la migration. Le projet sera supervisé par un groupe consultatif composé des organisations de la Fédération européenne des employeurs de l’éducation (FEEE), du CSEE et de ses organisations membres au Danemark (DLF), en Belgique (ACOD-CGSP), à Chypre (OELMEK), en Slovénie (SVIZ-ESTUS), en Espagne (FeSP-UGT) et en Serbie (TUS).

Une étude Eurostat de 2017 indique que, au cours de l’année 2016, près de 32 % du nombre total des candidat(e)s ayant introduit une première demande d’asile en Europe étaient des mineur(e)s d’âge de moins de 18 ans. Par ailleurs, une étude Eurofound de 2016 précise que : « Bien que les enfants en âge scolaire des demandeurs d’asile aient le droit de fréquenter l’enseignement obligatoire dans tous les Etats membres, des dispositions spéciales pour ces enfants ne sont pas toujours garanties. Certains pays ont indiqué que les écoles sont mal préparées à l’accueil de ces enfants. » Les partenaires sociaux de l’éducation se montrent de plus en plus inquiets face à cette situation, qui multiplie les inégalités inacceptables pour ces groupes vulnérables et empêche intrinsèquement leur intégration à long terme au sein de la société.

Au travers d’une recherche sur les pratiques et les politiques existantes en matière d’intégration des migrant(e)s et des réfugié(e)s aux systèmes éducatifs en Europe, de visites sur le terrain associées aux études de cas menées dans les pays confrontés à un afflux soudain et massif de migrant(e)s depuis 2015, et de toute une série de séminaires de formation, les partenaires sociaux de l’éducation travailleront à la préparation d’un ensemble de directives pratiques et d’un cadre pour la qualité en vue d’assurer une mise en application efficace des pratiques et politiques en faveur de leur intégration aux systèmes éducatifs. Un documentaire vidéo contribuera également à sensibiliser le grand public à la situation que vivent les élèves issu(e)s de la migration dans les écoles. L’ensemble des résultats sera communiqué à l’occasion d’une conférence prévue en 2019.

« Franchir le seuil d’une école ne garantit pas pour autant de pouvoir bénéficier d’un apprentissage de qualité », a déclaré Susan Flocken, Directrice européenne du CSEE, ajoutant que : « Le CSEE et la FEEE s’engagent à travailler ensemble en vue de garantir le bon déroulement du parcours éducatif des migrant(e)s et des réfugié(e)s en Europe. Ceci suppose de mettre en place des mesures pour répondre aux besoins spécifiques non seulement de ces étudiant(e)s, mais aussi des écoles et du personnel enseignant travaillant avec de jeunes migrant(e)s, centrées notamment sur l’acquisition des langues, l’encadrement psychosocial et les compétences interculturelles. »

Pour consulter la page web du projet, cliquez ici.

L’éducation doit être au cœur du nouveau Pacte mondial pour les migrations, estime l’Internationale de l’Education, soulignant l’importance d’adopter une approche de la migration impliquant l’ensemble de la société aux niveaux local et national.

Les Etats membres des Nations Unies, ainsi que tous les gouvernements, sont tenus de garantir le respect des droits humains de l’ensemble des migrant(e)s. Comme l’a précisé Dennis Sinyolo, de l’Internationale de l’Education (IE), au cours d’un débat sur les perspectives nationales en faveur d’une approche impliquant l’ensemble de la société pour garantir une migration sûre, organisée et régulière: « Ces droits sont inscrits dans les accords et conventions existantes des Nations Unies (ONU) ».

Ce débat s’est tenu durant les auditions multipartites informelles, avant l’adoption du Pacte mondial pour les migrations et la conférence intergouvernementale sur les migrations internationales, le 18 décembre au siège de l'ONU à New York, aux Etats-Unis.

Au cours des auditions, les participant(e)s ont eu l’occasion de discuter de la nécessité d’encourager la coopération et de nouer des partenariats entre les différents acteurs de nos sociétés, notamment la société civile, le secteur privé, les communautés dispersées, les migrant(e)s, les autorités locales et nationales, les écoles et la communauté universitaire, en vue de développer et mettre en œuvre une approche cohérente de la migration, s’appuyant sur la participation de l’ensemble de la société.

Le Président de l’Assemblée générale des Nations Unies, Miroslav Lajcak, a expliqué: « Nous sommes ici pour examiner l’impact de la migration sur les autorités locales. Nous voulons aller au-delà du niveau national, analyser les exemples de bonnes pratiques au niveau local et voir comment les migrants peuvent apporter leur contribution aux communautés locales, notamment en faisant valoir leurs compétences ».

Il a, en outre, rappelé au public que le processus de négociation intergouvernementale concernant le Pacte mondial pour les migrations serait lancé en février 2018 et a demandé de « rester à l’écoute des différents acteurs, en particulier ceux en charge de la mise en œuvre des lois et politiques migratoires, à savoir le personnel responsable de l’accueil et de la prise en charge des migrants, les enseignants et les autorités ».

Insistant sur le fait que le meilleur moyen de célébrer la Journée internationale des migrant(e)s était de présenter des propositions visant à répondre aux problèmes les concernant directement, il a souligné l’importance d’opter pour une approche impliquant l’ensemble de la société et des gouvernements, centrée sur l’écoute de chacun(e).

Dialogue social 

Le point de départ pour garantir une approche efficace impliquant l’ensemble de la société pour gérer la migration comporte deux volets, a expliqué Sinyolo:

(1) Tous les gouvernements, en ce compris les pays d’accueil et de transit, doivent ratifier et assurer la mise en œuvre pleinement exécutoire des dispositions des Nations Unies et des Conventions de l’Organisation internationale du Travail relatives, entre autres, à la migration et au travail.

(2) Les gouvernements doivent faire en sorte de créer des mécanismes institutionnalisés pour le dialogue social.

Il est d’une importance cruciale, a-t-il souligné, d’engager le dialogue et de mener de véritables consultations avec les travailleurs/euses migrant(e)s par l’entremise des organisations qui les représentent, en particulier les syndicats, étant donné que la plupart d’entre eux/elles sont en quête d’un travail décent.

Les activités de plaidoyer et les actions menées par les syndicats, la société civile et les différents partenaires ne doivent pas être sous-estimées, a indiqué Sinyolo. Ces organisations travaillent sans relâche pour garantir que les migrant(e)s puissent subvenir à leurs besoins fondamentaux et avoir accès aux services publics tels que la santé et l’éducation, voire aux services juridiques, compte tenu de leur statut.

Défendre le droit à l’éducation des migrant(e)s et des réfugié(e)s

L’Internationale de l’Education collabore avec ses affiliés nationaux, les organisations de jeunesse, les étudiant(e)s et les communautés locales dans plusieurs pays européens et ailleurs pour défendre et promouvoir le droit à l’éducation des enfants et des jeunes migrant(e)s et réfugié(e)s, a déclaré Sinyolo.

Les éducateurs/trices et leurs syndicats, a-t-il encore précisé, luttent de longue date pour permettre aux enfants sans papiers d’accéder à une éducation de qualité et mettre un terme à leur détention dans les camps. L’IE a également assuré la formation et le développement professionnel des enseignant(e)s migrant(e)s et réfugié(e)s au niveau local, afin de leur donner les moyens de répondre aux besoins spécifiques des personnes se trouvant dans la même situation, en ce compris l’encadrement psychosocial et la formation linguistique.

« L’éducation représente le meilleur antidote aux fléaux que sont la xénophobie, le racisme et la discrimination, car elle contribue à inculquer et à renforcer les valeurs de respect, de tolérance, de coexistence pacifique et de compréhension mutuelle de la culture d’autrui », a-t-il souligné. L’éducation offre, en effet, la possibilité aux enfants et aux jeunes migrant(e)s et réfugié(e)s d’acquérir les compétences qui leur sont nécessaires dans la vie quotidienne et professionnelle, raison pour laquelle celle-ci doit être au cœur même du nouveau Pacte mondial pour les migrations.

Sinyolo a poursuivi: « L’approche impliquant l’ensemble de la société ne pourra être mise en application qu’à partir du moment où tous les pays et gouvernements décideront de créer un environnement à la fois juridique et socio-économique favorable aux migrants et aux réfugiés. Nous devons nous montrer ambitieux et avancer à grands pas, sans que nul d’entre nous n’abandonne le navire, car la gouvernance mondiale de la migration doit être le fruit de nos efforts mutuels, impliquant l’ensemble des pays d’origine, de transit et de destination. »

Il a clôturé son intervention en rappelant à l'ONU et aux gouvernements la nécessité de continuer à consulter les syndicats et la société civile dans le cadre du processus de négociation intergouvernementale, amenant ainsi le Président de l’Assemblée générale de l'ONU à annoncer qu’il organiserait deux auditions/consultations supplémentaires en février et mai 2018.

A l’occasion de la Journée internationale des droits de l’enfant le 20 novembre dernier, professionnels de la santé, enseignants, parents d’élèves, personnalités du monde artistique, littéraire, académique, élus de droite et de gauche ainsi que des organisations actives dans la promotion des droits de l’enfant et des droits humains, se sont unis pour remettre au Conseil fédéral un Appel contre l’application aveugle du règlement Dublin. Ces organisations entendent notamment rappeler à la Suisse ses obligations de protection envers les enfants réfugiés et leurs familles et appellent les autorités fédérales à traiter les demandes d’asile de personnes arrivées en Suisse par un autre pays européen, lorsque des motifs humanitaires et de compassion le justifient. 

Au total, 33000 personnes et plus de 200 organisations, dont les trois sociétés suisses de pédiatrie (SSP, SSPPEA et SSCP) ainsi que la faîtière des associations d’enseignants suisses (LCH) et le Syndicat des Enseignants Romands (SER) ont signé l’Appel de Dublin lancé fin avril au niveau national.  

Lors d’une conférence de presse, Raphaël Comte (Conseiller aux États PLR), Mattea Meyer (Conseillère nationale PS), Franziska Peterhans (Secrétaire centrale de la LCH, faîtière des associations d’enseignants suisses) et Dr Hélène Beutler (co-présidente de la Société Suisse de psychiatrie et psychothérapie de l’enfant et de l’adolescent) ont relayé les préoccupations de ce large éventail de soutiens à l’Appel Dublin et plaidé pour une application plus humaine du règlement Dublin. 

La coalition nationale a également adressé une lettre à Madame la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga et aux exécutifs de tous les cantons, pour leur demander une rencontre afin de discuter des revendications de l’Appel.  

A l’heure actuelle, au nom du règlement Dublin, des enfants sont arrachés de leurs classes en milieu d’année ou doivent interrompre un traitement médical ou psychologique. Certains d’entre eux sont même séparés de l’un de leurs parents en violation de l’intérêt supérieur de l’enfant et de la Convention de l’ONU relative aux droits de l’enfant.  

Pourtant, le règlement Dublin lui-même prévoit de prendre en compte la vulnérabilité des personnes lors de son application. « Pour des motifs humanitaires, de compassion et pour permettre le rapprochement de membres de la famille », la Suisse peut actionner la clause discrétionnaire prévue par l’art. 17 al. 1 du règlement et entrer en matière sur les demandes d’asile.  

L’Appel contre l’application aveugle du règlement Dublin ne demande pas un changement de loi, ni un bouleversement de la politique d’asile, mais uniquement un changement de pratiques administratives dans l’application du règlement Dublin. C’est un appel au bon sens : il s’agit de mieux protéger les réfugiés vulnérables, tel que le prévoit ce règlement.  

La Suisse en tête des renvois Dublin au niveau européen

La Suisse applique le règlement Dublin de manière particulièrement scrupuleuse, puisqu’elle est en tête des renvois au niveau européen. En 2016, la Suisse a renvoyé 3750 personnes au nom de Dublin ; elle n’en a accueilli que 469 au même titre. Si l’Allemagne et la Suède comptent un plus grand nombre de renvois Dublin (respectivement 3968 et 5244 en 2016), elles enregistrent également un plus grand nombre de personnes accueillies au nom de Dublin (respectivement 12’091 et 3306). En 2016 encore, plus d’un tiers des demandes d’asile déposées en Suisse se sont soldées par une décision de « non-entrée en matière Dublin ». Cela, alors même que le nombre de demandes d’asile est en nette diminution (39'523 en 2015, 27'207 en 2016, 13'916 du 1.1 au 30.9.2017).

 

Réflexions de la Conférence GEW sur « Une éducation de qualité pour les réfugié(e)s », Brême, 20 septembre 2017

Par Nick Strauss, antenne du syndicat GEW à Brême

Les résultats des élections fédérales allemandes du 24 septembre dernier soulèveront des préoccupations chez un grand nombre de nos collègues et ami(e)s en dehors de l’Allemagne. A l’heure où, à peine 70 ans après la chute du nazisme en Europe, on assiste à la montée de l’AfD – un parti politique qui a obtenu plus de 10 % des voix et qui compte parmi ses dirigeant(e)s des personnes qui souhaitent rendre honneur à l’armée allemande pour ses exploits lors de la Seconde Guerre mondiale et qui encouragent la population à engendrer plus de nouveaux/elles « Allemand(e)s » à travers des affiches montrant une femme enceinte sans visage et qui s’apparente à une machine à faire des bébés –, les préoccupations, mais également l’indignation et l’action, sont de mise.

Toutefois, un examen plus approfondi des résultats révèle que, même si les politiques de l’AfD sont ouvertement anti-islam et anti-migrant(e)s, les contacts avec les migrant(e)s et les musulman(e)s restent relativement limités. Les nouveaux Etats fédéraux de l’Allemagne de l’Est ont accueilli très peu de migrant(e)s jusqu’en 2015. Or, des sociétés multiculturelles bien établies – comme c’est le cas en Allemagne de l’Ouest – sont bien souvent le meilleur rempart face au populisme d’extrême droite.

Quels sont néanmoins les risques lorsque les migrations ont lieu dans un contexte de manque de financement et de lutte pour des ressources limitées parmi la classe ouvrière et les plus démunis ?

En 2015, quelque 12 000 réfugié(e)s, y compris un grand nombre de jeunes de moins de 18 ans non accompagnés, sont arrivé(e)s dans l’Etat de Brême, qui compte 670 000 habitant(e)s. Au même moment, de nombreux/ses migrant(e)s des régions plus pauvres de l’UE ont été attiré(e)s par la perspective d’obtenir un emploi et un logement abordable. Le système éducatif, qui était déjà confronté aux niveaux de pauvreté chez les enfants, parmi les plus élevés d’Allemagne et à de faibles niveaux de financement (par rapport à d’autres grandes villes), a eu du mal à gérer la situation.

En 2016 et 2017, malgré une diminution des nouvelles arrivées, la migration interne de réfugié(e)s autorisé(e)s à se déplacer en Allemagne combinée au regroupement familial approuvé par le gouvernement fédéral a entraîné une forte demande permanente pour des cours d’allemand à destination des migrant(e)s et des réfugié(e)s récemment arrivé(e)s.

D’après les chiffres cités lors d’une réponse à une question parlementaire du parti « La gauche » (Die Linke), le nombre de jeunes ayant suivi des cours s’élevait à 2 723 en 2016 et à 2 622 en 2017. Point positif, nous avons assisté à une diminution claire du nombre de jeunes n’ayant pas obtenu de place à l’école : ces chiffres sont passés de plus de 1 000 début 2016 à 750 fin 2016, et à environ 320 en 2017.

Toutefois, les fonds supplémentaires apportés par les autorités municipales pour les cours d’allemand s’arrêteront en décembre 2017. Aucun programme prévoyant un financement supplémentaire n’a été annoncé pour soutenir les enfants qui ont terminé ces cours et qui sont désormais scolarisé(e)s dans des établissements ordinaires, qui ne comptent, malgré tout, que peu de cours d’allemand. La pression ne cessera d’augmenter.

C’est dans ce contexte que l’antenne du GEW à Brême a organisé, avec le soutien de l’Internationale de l’Education, une conférence d’un jour sur « Une éducation de qualité pour les réfugié(e)s ».

Une centaine de personnes y ont participé ; un chiffre qui, hors contexte, peut sembler dérisoire. Le gouvernement fédéral a poliment décliné notre proposition d’autoriser les enseignant(e)s à y assister. Presque tou(te)s enseignant(e)s qui ont pu y participer avec le soutien de la direction de leur école ont été remplacé(e)s par des collègues, qui ont assuré leurs cours, le plus souvent dans le cadre d’heures supplémentaires obligatoires non rémunérées, qui sont censées n’être utilisées « qu’en cas d’urgence ». Mais, de nos jours, presque chaque jour est une « urgence ».

Jusqu’à cette conférence, nous avions uniquement réussi à mobiliser le personnel chargé des cours préparatoires dans le cadre relativement limité et protégé par la loi des réunions du personnel convoquées par les comités officiels des délégué(e)s du personnel (Personal Versammlungen convoquées par le Betriebsrat ou le Personalrat-Schule). Dès lors, pour notre antenne, chaque inscription représentait une victoire.

Notre syndicat s’est par ailleurs félicité de la participation d’une trentaine de collègues qui ne sont pas affilié(e)s à notre syndicat. Un grand nombre des enseignant(e)s chargé(e)s des cours préparatoires sont des « sous-traitant(e)s » ou travaillent sous contrat temporaire. Avec un taux d’adhésion syndicale d’environ 15 % parmi les sous-traitant(e), il nous reste encore un long chemin à parcourir, même si ce taux a augmenté de 50 % ces deux dernières années. Si les actions revendicatives concernant les salaires et les conditions de travail nous permettront d’attirer certain(e)s membres, une grande partie des membres du GEW restent fidèles à notre syndicat pour nos politiques d’éducation et le soutien que nous apportons aux travailleurs/euses de l’éducation en tant que professionnel(le)s. La conférence nous a permis d’interagir avec ces collègues à ce niveau-là également.

Résumer une conférence d’un jour dans un court article n’est pas un exercice aisé. Je vais donc tenter de décrire quelques-uns des temps forts du point de vue de l’équipe organisatrice.

Le représentant d’une sénatrice est intervenu au début de la journée. La sénatrice n’avait pas pu participer, mais M. Husemann a fait part de ses préoccupations quant au maintien d’un système d’éducation inclusive pour les enfants réfugiés. Les écoles sont pleines ; au terme de leur cours préparatoire, les jeunes n’ont donc nulle part où aller. M. Husemann a par ailleurs mentionné la forte demande permanente et a insisté sur le fait que le système éducatif avait plus ou moins réussi à surmonter un choc en 2015, mais qu’il ne survivrait pas à des pressions constantes. Il a remercié le personnel présent qui a, selon lui, sauvé les départements de l’éducation en 2015 et 2016. Il a en outre proposé une solution pour la qualification et la reconnaissance des nombreux/euses enseignant(e)s dans ce secteur qui sont considéré(e)s (et payé(e)s !) comme des enseignant(e)s « non qualifié(e)s », soit parce que leur formation à l’étranger n’est pas reconnue, soit parce que leur diplôme ne respecte pas le modèle des diplômes traditionnels allemands dans l’enseignement.

C’est le professeur Fantini qui a prononcé le discours principal. Dans le cadre de son travail avec des enseignant(e)s stagiaires à l’université de Brême, il enseigne notamment l’éducation interculturelle à la faculté des sciences pédagogiques et de l’éducation.

En résumé, le professeur Fantini a souligné l’importance pour les systèmes scolaires et les enseignant(e)s de se concentrer sur ce que les jeunes peuvent apporter à leur éducation (valoriser les ressources) plutôt que sur ce qu’ils/elles ne peuvent pas faire (souligner leurs lacunes). Il a également mentionné le concept de « compétences interculturelles réflexives », qui s’appuie sur l’autoévaluation culturelle et sur une attitude réflexive à l’égard de ce qui est étranger.

Les ateliers organisés avant le déjeuner ont couvert un large éventail de sujets, notamment le partage des expériences des réfugié(e)s dans les écoles ordinaires et le recours aux nouveaux médias pour travailler avec les jeunes migrant(e)s.

J’ai participé à un atelier présidé par Dirk Troué, qui représentait le Conseil des guildes des entrepreneurs de Brême. De nombreux petits et moyens employeurs dans le secteur des services et de la fabrication envisagent de recruter des stagiaires refugié(e)s. Les jeunes font en effet preuve d’un engagement que les employeurs apprécient. Certains des problèmes concrets rencontrés par les apprenti(e)s ont en outre été abordés lors de cet atelier. La partie de l’apprentissage qui se déroule dans un établissement d’enseignement technique et professionnel supérieur (en Allemagne, les apprentissages ont lieu en partie dans l’entreprise et en partie dans ces écoles) nécessite des compétences linguistiques qui représentent souvent un défi pour les étudiant(e)s qui possèdent des lacunes au niveau de leur langue maternelle, et constituent un obstacle important pour les nouveaux/elles arrivant(e)s qui apprennent l’allemand. Le niveau « B1 » requis pour entamer un apprentissage n’a apparemment pas doté les élèves des compétences suffisantes en allemand pour suivre une formation. Un grand nombre de participant(e)s ont souligné la nécessité de proposer une année supplémentaire d’apprentissage de la langue en contexte pour soutenir ces stagiaires.

Claudia Brockmann a présidé un autre atelier sur les compétences interculturelles. Quand on sait que les salles de professeurs en Allemagne ne sont guère différentes des classes de l’enseignement secondaire supérieur d’il y a 10 ou 30 ans – moins de 10 % du personnel est issu de l’immigration –, la discussion relative aux changements que doit faire la « majorité » est essentielle. S’en tenir à « C’est comme cela que ça se passe en Allemagne » ne suffit pas.

Après le déjeuner, deux études de cas ont été présentées.

Mariam Leithe-Alkhazan – qui a apporté une aide précieuse pour l’organisation de la journée (merci !) – a évoqué le recours, dans son école, à des soirées interculturelles afin de briser la glace entre les nouveaux et les anciens élèves. Ces événements permettent de montrer aux communautés récemment arrivées que l’école les apprécie.

Lars Kaempf a montré le site Web trilingue que l’association sans but lucratif « Welcome to Bremen » (« Bienvenue à Brême ») a mis en place en 2016. Le site fournit des informations sur différents aspects de la vie à Brême pour les réfugié(e)s et les migrant(e)s. Pour de plus amples informations, veuillez consulter le site à l’adresse : https://welcometobremen.de/.

La journée s’est terminée par la dégustation de quelques gâteaux et une séance de travail « Café du monde », lors de laquelle les participant(e)s ont pu contribuer au développement de politiques syndicales en préparation de notre conférence prévue en novembre 2017.

Katharina Lenuck est une étudiante de Brême qui a aidé le GEW à organiser la conférence (merci !!) et à mettre en œuvre le projet. Elle a souligné l’importance des contributions de la conférence dans la poursuite du projet visant à soutenir et à améliorer l’éducation des réfugié(e)s à Brême. Bernd Winkelmann, porte-parole de l’antenne du GEW à Brême, a ajouté que la conférence avait confirmé, une fois de plus, que l’un des principaux problèmes liés à l’intégration des réfugié(e)s et des migrant(e)s dans le système éducatif provenait du manque d’investissement.

Un grand nombre de citoyen(ne)s vivant en Allemagne ont exprimé leurs craintes lorsqu’ils/elles se sont rendu(e)s aux urnes le 24 septembre. Le GEW est convaincu que l’AfD ne répond pas aux problèmes rencontrés par les travailleurs/euses allemand(e)s. Certaines des réponses à ces problèmes ont été ébauchées lors de la conférence du GEW.

Un système éducatif équitable et dynamique offrant des opportunités pour tous les jeunes vivant en Allemagne est l’un des éléments clés de la solution au problème des inégalités économiques et de la non-durabilité des économies allemande et européenne sur le plan écologique. Les travailleurs/euses du système éducatif sont des acteurs essentiels – wir schaffen das.