En 2010, Patricia Raclot, enseignante française travaillant dans le primaire, a participé à une action visant à syndicaliser les enseignant(e)s et le personnel de l’école française de Portland (Etats-Unis) pour permettre aux employé(e)s d’exprimer leur voix concernant leur conditions de travail, à l’instar de ce qu’elle avait vécu en France. Toutefois, elle n’avait jamais imaginé que l’école mènerait une campagne antisyndicale. Au cours des six années passées dans cette l’école, elle a travaillé dur pour faire la différence auprès de ses élèves, ses collègues de travail et la communauté. Elle a participé à la création d’un programme d’accompagnement pour les enseignant(e)s en début de carrière et coordonné de nombreuses activités scolaires. Mais lorsque ses collègues et elle-même ont constaté le peu d’impact sur leurs conditions de travail, le programme et les activités scolaires, ils/elles ont contacté l’AFT-Oregon. Ils/elles ont recueilli les cartes d’une majorité de professeur(e)s et demandé que leur syndicat, American French School Employees, soit reconnu par l’employeur.

Le jour qui a suivi la demande de reconnaissance du syndicat, Raclot a été informée que son visa avait été suspendu et que son contrat ne serait pas renouvelé.  Elle n’était la seule à être ciblée par la campagne antisyndicale de l’école. Trois autres enseignant(e)s ont vu leurs contrats résiliés, et un dernier a démissionné. Beaucoup d’autres ont été victimes de harcèlement, de menaces et d’une campagne de dénigrement lancée par l’école et son conseil d’administration. En 2011, un juge administratif a décidé que l’école avait violé la Loi nationale sur les relations entre employeurs et employés, en s’opposant à la syndicalisation de son personnel. Le juge a déclaré que l’école était responsable de nombreuses pratiques déloyales en matière de travail, notamment l’instauration de règles interdisant au personnel de discuter de ses conditions de travail ; le fait de dire aux employé(e)s que le syndicat était une « infamie » et qu’il « stigmatisait » l’école ; la menace de fermer l’école en opposition à la syndicalisation ; les représailles contre les employé(e)s recourant aux services d’un syndicat ; et laisser entendre que les problèmes seraient réglés si l’idée de créer un syndicat était abandonnée.

Grâce à cette décision, Raclot a pu récupérer son visa de travail et était censée réintégrer son poste à l’école, avec arriérés de salaires. Mais l’école privée a choisi de fermer ses portes en raison de problèmes financiers résultant, du moins en partie, des frais juridiques injectés dans sa campagne antisyndicale. Voici quelques réflexions de Raclot concernant son expérience :

« Je voulais étudier et travailler dans une école où travaillent des enseignant(e)s en provenance du monde entier pour partager des expériences issues de différents pays et cultures. J’ai reçu beaucoup de soutien de la part des parents et de la communauté. Tout se passait bien – les parents étaient satisfaits de mon enseignement, et les enfants obtenaient de bons résultats dans mes classes. 

En tant qu’enseignante, j’étais affiliée à un syndicat en France. Là, un syndicat vous apporte immédiatement des réponses ou vous pouvez partir en grève si quelque chose ne va pas. Vous pouvez travailler avec ceux et celles qui ont la capacité de faire changer les lois.

Il est très important de pouvoir être représenté(e) lorsque tant de personnes sont concernées – les enfants, les parents, les enseignant(e)s et le personnel. Mais le jour après avoir demandé la reconnaissance du syndicat, j’ai été informée par le directeur de l’école que mon visa de travail pour l’année suivante avait été suspendu.  Je ne m’attendais pas du tout à cela. Nous avions vraiment la volonté de travailler avec la direction, nous voulions simplement trouver un moyen d’attirer l’attention sur nos problèmes. Je pensais que la direction de l’école reconnaîtrait le syndicat sans passer par des élections.

J’ai été choquée par la campagne antisyndicale de l’école. Ce n’est pas pareil en France. Mais ce n’est pas dans ma nature de me résigner. Je préfère rester et me battre pour toutes celles et ceux qui ont été licencié(e)s, suspendue(e)s ou harcelé(e)s. Je veux montrer que l’employeur ne peut pas faire tout ce qu’il veut juste parce qu’il détient le pouvoir ».

Photo et témoignage publié avec l’aimable autorisation de Jillian Smith, AFT-Oregon