L’Inde est considérée comme l’un des pays exportant le plus de main-d’œuvre, mais peu d’études ont été menées sur l’émigration du personnel enseignant. Les 178 personnes ayant répondu à l’enquête préalable au rapport « Garantir des droits en matière de migration et de mobilité du personnel enseignant » offrent un nouvel éclairage fort intéressant sur les motivations et les expériences des enseignant(e)s indien(ne)s qui, fait notable, émigrent vers plus de 22 pays à travers le monde à la recherche d’une opportunité professionnelle.

Ce phénomène migratoire intervient à un moment où le pays a le plus besoin de son personnel enseignant, suite à la promulgation de la Loi sur le droit à l’éducation, adoptée en 2009. Face au besoin croissant d’effectifs, on assiste à l’émergence d’un nombre de plus en plus important d’institutions de formation privées et à la multiplications des contrats à durée déterminée qui concernent au moins un million d’enseignants à travers le pays. Les responsables d’organisations syndicales et la communauté universitaire estiment que le personnel enseignant travaillant sous contrat temporaire est le plus enclin à quitter le pays, ainsi que les ceux travaillant dans des écoles privées offrant moins de sécurité d’emploi ou des salaires et des allocations inéquitables.

Une récente étude réalisée par Rashmi Sharma en 2013 met clairement ce phénomène en relation avec l’embauche ponctuelle destinée à pallier les pénuries de personnel enseignant.

"En Inde, l’émigration du personnel enseignant est en pleine expansion, principalement en raison de la pénurie que connaissent les pays industrialisés, qui recrutent du personnel dans les pays en développement pour résoudre leur problème... Le pays exporte ses effectifs depuis près de 20 ans ; toutefois, depuis 2000, leur nombre a considérablement augmenté... Ce phénomène entraîne une double perte pour les pays d’origine : au travers de l’émigration du personnel enseignant le pays perd non seulement son capital humain, mais également toutes les bases de son développement futur. Les enseignant(e)s représentent une part importante des flux migratoires au départ de l’Inde, et la pénurie de personnel qualifié au sein du système éducatif indien confirme bien à quel point le pays en a besoin."

L’Etat indien le plus connu pour envoyer ses professionnel(le)s à l’étranger est le Kerala. Une boutade locale raconte que lorsque Neil Armstrong est arrivé sur la lune, il y a rencontré des infirmières du Kerala ! La population du Kerala se déplace beaucoup, conséquence d’une économie locale saine, du contact avec des opportunités à l’étranger et d’une tradition d’investissement dans l’éducation, en particulier celle des filles et des femmes. Plus de 5 % de la population du Kerala travaille à l’étranger,  occupant le plus souvent des poste professionnels dans le secteur médical ou l’ingénierie. Les politiques locales ont été conçues pour faciliter l’émigration, ainsi que le retour des personnes expatriées. Les enseignant(e)s peuvent quitter le pays et travailler à l’étranger pour une période de 15 ans maximum et retrouver leur poste initial à leur retour. Les autorités administratives du Kerala estiment que 70 % des expatrié(e)s reviennent pour percevoir leurs droits de pension, suffisamment confortables et structurés, en dépit de leur séjour prolongé à l’étranger.

Références bibliographiques

Sharma, R. “Teachers on the Move: International Migration of School Teachers from India.” Journal of Studies in International Education 17 (2013): 262-283.

Walton-Roberts, M., and I.S. Rajan. "Nurse emigration from Kerala: ‘Brain circulation’ or ‘trap’?" India Migration Report. (2013): 206-223.

Survey finds only 16.25 lakh NoRKs.” The Hindu, October 31, 2013.