Le recrutement international a servi et peut servir explicitement à augmenter le volume de main-d’œuvre, entraînant une baisse des salaires et une détérioration des conditions de travail. En 2005, la Heritage Fondation, un think tank américain, a publié un document encourageant le recrutement de professeur(e)s de sciences et de mathématiques à l’étranger, considérant plus rentable d’engager de la main-d’œuvre moins chère que d’augmenter les salaires en vue attirer davantage d’effectifs nationaux. Ce document recommandait de multiplier par trois le nombre de permis de travail temporaire (de 65 000 à 195 000 par an) afin d’intégrer davantage de personnel professionnel qualifié à la main-d’œuvre américaine.

Tout aussi étonnante est la structure du programme d’octroi des permis de travail temporaire par l’intermédiaire duquel la majorité du personnel enseignant est embauchée : le visa habituellement réservé au personnel enseignant, le H-1B (Specialty Occupation) est délivré à l’employeur et non à la personne embauchée.  L’employeur maintient donc un contrôle intégral sur les migrant(e)s, non seulement sur leurs salaires et leurs conditions de travail, mais également sur leur possibilité de rester dans le pays. La durée du séjour de l’enseignant(e) et l’autorisation de travailler dans le pays se trouvent donc entre les mains des autorités scolaires. Le visa de travail est délivré pour une durée maximale de six ans. Toutefois, si l’employeur décide de mettre fin au contrat de travail, le visa arrive lui aussi à échéance. Bien que les réglementations associées au H-B1 offrent la possibilité aux migrant(e)s d’obtenir un statut de résident(e)s permanent(e)s, seul l’employeur peut soumettre cette demande, en joignant la preuve qu’il ne trouve pas de personnel qualifié pour pourvoir le poste. En conséquence, ce permis de travail contrôlé par l’employeur peut présenter un risque pour la sécurité de l’emploi, éroder les systèmes de protection négociés par les syndicats et décupler la rotation du personnel enseignant dans les écoles les plus nécessiteuses.

En général, le personnel enseignant est recruté à l’étranger pour occuper les postes les plus difficiles à pourvoir dans des écoles connaissant une pénurie très importante. Bien que le recrutement international permette d’affecter un(e) enseignant(e) à une classe, il ne s’attaque en rien à la cause fondamentale de la pénurie de personnel. Cette pratique engendre également une situation où le personnel migrant se voit attribuer les postes parmi les plus difficiles à gérer dans le système éducatif américain.

Dans les années 1990, les Etats-Unis ont connu une importante pénurie de personnel enseignant qui a donné naissance à toute une série d’approches alternatives destinées à pourvoir des postes dans les écoles, notamment le recrutement international et un programme intitulé Teach for America (TFA).

Lancé en 1990, le programme Teach for America recrute les diplômé(e)s des universités les plus prestigieuses pour enseigner durant deux ans dans des écoles fortement touchées par les pénuries de personnel.  Soulignons que ces nouvelles recrues ne sont pas titulaires d’une certification pour enseigner.  Le fondateur de Teach for America a récemment lancé un programme mondial baptisé Teach for All, dont l’ambition est de promouvoir des programmes similaires dans 31 pays. Cette initiative est en pleine expansion. Entre 2002 et 2011, le TFA a recruté près de 30 000 enseignant(e)s pour occuper des postes temporaires dans des écoles américaines, tandis que le recrutement international a nécessité l’émission de 76 000 visas pour accueillir du personnel enseignant, également sous contrat temporaire. 

 

Pour en savoir plus

Références bibliographiques

Johnson, Kirk A. “How Immigration Reform Could Help Alleviate The Teacher Shortage.” The Heritage Foundation Backgrounder #1884 (2005).